mercredi 28 janvier 2015

Duo de Cinéphiles sauce persil...

Les mioches, savez-vous ce qu'est un cinéphile ? Non ? Cette semaine, Mme Pelloche en a capturé deux pour vous expliquer. Pour les trouver, rien de bien compliqué, ils sont généralement cachés dans les salles de ciné... Dans le dictionnaire, on dit du cinéphile qu'il est un amateur de cinéma... Si cette définition est la bonne, il doit y avoir des milliers de cinéphiles en France. Pour Mme Pelloche, le cinéphile est bien plus qu'un amateur, il est amoureux, passionné, fou et il n'est jamais rassasié de cinéma. Selon la personne atteinte, cela peut se traduire de différentes manières. Laissez-moi vous présenter mes deux spécimens :


Voici Paul Bonaillie
Retraité de 70 ans et une bobine.
Fondateur et programmateur bénévole au Studio 43 de Dunkerque 
Signe particulier : le cinéma est sa passion mais il n'en a jamais fait son métier pour justement la préserver.


...Et Thomas Vandervorst
40 ans et quelques bobines
Programmateur et projectionniste salarié au Fa-Mi-La de Bray-Dunes
Signe particulier : quand il aime un film, il faut qu'il en parle... beaucoup.


Selon vous, qu'est-ce qu'un cinéphile et pensez-vous en être un ?

Paul : C'est quoi un cinéphile ? C'est un fou de cinéma ! Moi, j'en suis complètement un... tout à fait... cent pour cent d'ailleurs (rire). Mais je ne suis pas un cinéphage. Le cinéphile est plus sélectif, le cinéphage, il prend tout... Bon... je suis peut-être un peu cinéphage aussi... Mais plus cinéphile quand même (rire).

Thomas : Le cinéphile c'est quelqu'un qui fait du cinéma une préoccupation première, il y pense tous les jours... Par exemple, tout à l'heure je préparais des pâtes Bolognaise et en coupant l'ail j'ai tout de suite pensé à une scène des Affranchis de Scorsese dans laquelle les personnages en prison arrivent à se cuisiner de bonnes pâtes en coupant l'ail très finement avec une lame de rasoir... Moi aussi je crois que je suis un peu cinéphage... finalement... Ça ne me dérange pas de voir parfois des films qui ne sont pas des "chefs-d’œuvres", qui sont même un peu nuls... Ça repose... Je suis assez curieux de tout voir...Finalement, la cinéphilie c'est une grande frustration parce qu'on ne peut jamais tout voir...

Vous souvenez-vous de votre premier coup de foudre pour le cinéma ?

 Paul : Pas vraiment non... Je me souviens des premiers films que j'ai pu voir mais le premier... Je sais pas... Je devais avoir 10 ans (vers 1953)... J'ai vu La Strada de Fellini, Jour de Fête de Tati, Sous le plus grand chapiteau du monde de Cécile B. DeMille, Sur les quais de Elia Kazan... J'allais au cinéma tous les samedis soir avec mes parents. Avant mes 10 ans, mes parents allaient au cinéma chaque samedi, à Dunkerque, sans moi, ils me mettaient chez mes grands-parents... Je ne comprenais pas trop pourquoi ils ne m'emmenaient pas... Quand je passais devant le cinéma, je voyais toutes ces affiches, ça m'attirait... Puis mes parents sont allés au cinéma paroissial, à côté de notre maison, c'est là qu'ils ont commencé à m'emmener avec eux... Au cinéma du curé comme on disait... (rire)... A 12/13 ans, j'ai commencé a aller au cinéma tout seul à Dunkerque... ou avec mes copains... Je regardais le programme dans la Voix du Nord, je voyais environ 5 films par semaine déjà... Le cinéma n'était pas cher à l'époque... Avec mon argent de poche, j'arrivais en plus à m'acheter mes revues de cinéma  et des 45 tours...


Thomas : Mes parents habitaient à dix minutes à pieds du cinéma de quartier à Bray-Dunes mais j'allais plutôt au cinéma au Havre chez ma grand-mère pour les fêtes ou pendant les vacances... Là-bas, l'offre était complètement différente... A Bray-Dunes il n'y avait qu'une salle tandis qu'au Havre, dans les années 70/80, il y avait déjà quelques complexes qui nous permettaient de choisir le film, c'était  différent de ce qu'on connaissait... C'est comme ça qu'à 6 ans (1977), j'ai vu La Guerre des Etoiles à sa sortie... Au départ, je n'y allais pas pour voir ce film mais Tintin et le lac aux requins, je croyais que Star Wars c'était un film d'horreur... Au dernier moment, dans la file d'attente, j'ai changé d'avis pour suivre mes grands-frères. Ce film a été un choc, j'ai adoré, j'en garde un souvenir fantastique...
Mais en fait, je suis un cinéphile tardif.. C'est au lycée que je me suis vraiment intéressé au cinéma... La nuit du chasseur de Charles Laughton, Faux-Semblants de Cronenberg...
Une fois arrivé en fac de Lettres, j'ai suivi en option les cours de cinéma de Charles Tesson : westerns, films noirs, Jacques Tourneur ... Là, j'étais vraiment dans mon élément ! J'ai poursuivi mes études en Filmologie, j'ai fréquenté le Kino Ciné et avec ma bande de copains, on n'arrêtait jamais de parler de ciné, on voyait des films chez les uns et les autres, parfois toute la nuit... On était bénévoles au Kino-Ciné, on apprenait la projection, la programmation...

Paul : Moi, les grandes discussions, les grandes théories autour des films ça ne m’intéresse pas trop...
Ce que j'aime c'est voir les films... Je préfère voir un deuxième film que perdre mon temps dans un débat... J'aime le plaisir immédiat que procure le cinéma.


Quelles étaient (ou quelles sont) vos revues de cinéma ?


             

Thomas :  L'Ecran Fantastique et ses pages consacrées aux effets spéciaux sur King Kong par exemple... Je les connaissais tous par cœur et ils me donnaient envie de voir plein d'autres films...
Finalement, c'est surtout les magazines qui m'ont accrochés au cinéma.
Aujourd'hui je ne suis abonné à rien en particulier (je suis resté longtemps abonné aux Cahiers du Cinéma), mais je continue d'en acheter régulièrement... surtout So Film.

Paul : Moi au début je lisais Cinémonde et Ciné-Revue... D'ailleurs je les ai toujours et je cherche maintenant à les vendre... Mais ça n’intéresse personne (rire). Plus tardivement, j'ai commencé à lire Les cahiers du cinéma et Positif. Aujourd'hui je ne lis que Positif... J'ai abandonné Les Cahiers... (rire). J'ai pas mal de Positif encore emballés... J'étais abonné mais comme je ne les recevais pas assez vite j'allais quand même les acheter en kiosque...

Dans la salle de cinéma, avez-vous votre place préférée ?

Paul : J'aime bien être assez prêt de l'écran... Surtout quand il y a de l'espace pour allonger les jambes... Dans les festivals, où je retrouve mes copains, j'ai ma place attitrée... au milieu de la salle mais sur le côté gauche... Sur un bord... J'aime pas être au milieu du public... et je peux quitter la salle plus discrètement si le film m'ennuie...
Mon premier festival c'était Cannes, en 72. Aujourd'hui, je fais Cannes, La Rochelle, Deauville et Pordenone en Italie. J'en fais moins qu'avant... Je ne vais plus à Berlin ni à Venise... Quand je travaillais (Paul était électricien), je prenais une partie de mes congés pour partir en festival...

Thomas : Déjà, je déteste rentrer en salle si j'ai raté plus de cinq minutes du film... Mais sinon, ma place préférée, c'est milieu de salle, milieu de rangée... Mais contrairement à Paul, même si le film ne me plait pas, je reste toujours jusqu'au bout... Même s'il m'est arrivé au moins une fois de m'endormir devant un film au cinéma...

Et en dehors du cinéma, possédez-vous beaucoup de films à la maison ?


Thomas : (rire) A l'époque des cassettes vidéos, j'avais tendance à enregistrer tous les films qui passaient à la télé et tous les documentaires qui parlaient de cinéma jusqu'à ce que je ne puisse plus stocker mes 500 VHS... Ça devenait impossible, je me suis calmé... Puis on est passé aux DVD... J'en achète régulièrement mais j'ai hélas de moins en moins de temps pour les regarder... Je ne suis plus dans la compulsion absolue d'acheter tout le temps tous les DVD... J'en ai au moins 30 qui sont encore dans leur emballage et que je n'ai pas eu le temps de regarder... Je commence à me calmer... Non, en fait j'attends la retraite... (rire). J'aime bien aussi collectionner les anciennes affiches de cinéma... J'en ai gardé quelques-une dédicacées de l'époque ou je recevais les invités au Kino-Ciné (Thomas a été le responsable de cette salle à Villeneuve D'Ascq pendant 6 ans et demie) et avec lesquels je passais de bons moments.

Paul : Pour ma part, ma collection personnelle est immense... Je dois avoir 300 ou 400 cassettes vidéos mais avec beaucoup de raretés que j'enregistrais au Cinéma de Minuit entre autre... Je me suis mis au DVD et... j'achète... j'achète... j'arrête pas... (rire). C'est des films que j'ai déjà vu et que je peux revoir plusieurs fois... J'en regarde au moins deux par jour à la maison... J'en ai au moins un millier...
Mais en revanche, les autographes de "stars" ne m’intéressent pas du tout... Ce que j'aimais c'était les filmer, à Cannes notamment... à l'époque où elles se promenaient encore librement sur La Croissette... C'était ma passion... filmer les stars. Je montrais ces petits films, filmés avec ma caméra Super 8, aux amis et aux collègues de travail... quand je travaillais de nuit je ramenais mon projecteur et je projetais sur le mur blanc des stations électriques... On se faisait des projections privées...


Extraits des prises de vues de Paul durant le festival de Cannes

Donnez-moi trois exemples de films qui vous ont marqués dans votre carrière de spectateur :

Paul : A bout de souffle de Godard, Drive de Nicolas Winding Refn, Le Mépris de Godard, encore...

Thomas : Citizen Kane d'Orson Welles, Les Affranchis de Scorsese (que j'ai dû voir au moins 20 fois), Lawrence d'Arabie de David Lean (mais de préférence sur grand écran, c'est vraiment LE film pensé pour le grand écran)... Mais il y en a tant d'autres... Les films de James Gray aussi...et Sergio Leone.

Et le dernier film qui vous a marqué ?

Paul : Mommy de Xavier Dolan, je suis allé le voir 3 fois...

Thomas : Moi aussi j'ai bien aimé Mommy sinon il y a aussi L'Affaire SK1 de Frédéric Tellier qui est vraiment très très bien...

Un grand merci Messieurs d'avoir répondu aux questions de Madame Pelloche  mais vous êtes très bavards... Je vous décerne le César du meilleur spectateur !!!

Madame Pelloche

Aucun cinéphile n'a été maltraité pour les besoins de cet article.

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