mercredi 11 février 2015

Trio de distributeurs sauce au beurre...

Cette semaine, Madame Pelloche va tenter de vous expliquer ce qu’est un distributeur.  Attention, celui dont je veux vous parler ne distribue ni argent, ni bonbons,  ni canettes de soda… 


Le distributeur est une société qui se charge de la diffusion des films dans son pays. Il achète les droits sur une période définie avec le producteur. Charge à lui ensuite de le distribuer dans les salles de cinéma et de récupérer une petite partie de la monnaie pour trouver d’autres films à distribuer… Depuis une petite quinzaine d’années, des distributeurs spécialisés dans le cinéma pour le jeune public sont apparus.  Gébéka Films, Les Films du préau, Folimage, KMBO et… et… Cinéma Public Films dont la super équipe a accepté sans sourciller de se faire interviewer. 
Pourquoi Madame Pelloche a choisi de vous présenter ce distributeur en particulier ? Car leur travail ne s’arrête pas aux portes des salles de cinéma. Ils accompagnent et encouragent les exploitants et les animateurs jeune public en leur prêtant du matériel (marionnettes, décors, malle pédagogique...) ou en se déplaçant, eux-mêmes, dans les salles de cinéma pour animer les séances avec leur "camion magique"… Un boulot énorme quand on sait qu’ils sortent 4 films par an.


C’est donc autour d’un Perrier Citron, dans le hall d’un grand hôtel parisien que Madame Pelloche vêtue de sa plus belle redingote a donné rendez-vous au trio de choc de Cinéma Public Film (CPF pour les intimes) : Emilie Nouveau, Valentin Rebondy et Jérémy Bois...


Commençons par faire connaissance en toute simplicité, que vouliez-vous faire lorsque vous étiez petits ? 

Emilie : Moi, quand j’étais petite, je voulais… Travailler pour les enfants !!! Le cinéma est devenu une passion plutôt vers l’adolescence… J’ai mis mon grain de sel en faisant de l’animation assez jeune, et puis j’ai rajouté du piment dans mes études en faisant de la médiation culturelle… Une belle recette qui me permet aujourd’hui d’œuvrer dans un secteur que j’aime, toujours en lien avec les plus petits ! 

Jérémy : Moi quand j’étais grand et mature je voulais être professeur de sport ou pilote automobile et maintenant que je suis petit et après avoir travaillé des années mon immaturité, je suis distributeur de films pour enfants ! Et pour en arriver là (version courte), après quelques années ennuyeuses dans le marketing et le commerce j’ai rejoint en 2008 mon copain Valentin dans l’aventure Cinéma Public Films raccordant ma passion pour le cinéma et le travail.

Valentin : Comme un certain personnage de BD, je suis tombé dedans quand j’étais petit. J’ai eu cette chance de grandir aux côtés d’un grand-père* militant cinéphile, qui m’a rapidement ouvert les portes d’un cinéma qui ne passait jamais à la TV. En plus, j’ai passé toute mon enfance avec un crayon dans la main, et je me destinais à rejoindre les équipes d’un grand studio américain. Finalement, j’ai rejoint mon grand-père, c’était plus proche. Et tant pis si je ne faisais pas moi-même de films d’animation, je restais au contact de tous ces talents que j’admire.

*Valentin est le petit-fils de Jacques Atlan, fondateur dans les années 80 de l'association Cinéma Public Films dont émane le festival Ciné Junior. Jacques Atlan s'est notamment battu  pour la sauvegarde des cinémas municipaux en leur donnant une vocation pédagogique.

 Pouvez-vous expliquer aux mioches vos missions à chacun ? 

Emilie : Ma mission principale est la recherche des films que nous allons distribuer, et je m’occupe aussi de la négociation des contrats. Mais ce que je préfère, c’est créer, avec Romain Salvati, notre Super-Graphiste qui nous accompagne depuis maintenant quelques années, les documents d’accompagnement sur nos films : du matériel promotionnel (dossier de presse, flyer…) mais aussi matériel pédagogique (document pédagogique, atelier, mallette pédagogique,…). Je dois toujours me renouveler en fonction des films que nous distribuons, ça pousse à être toujours créatif !
Et enfin, je m’occupe de tout ce qui est presse (communication) et événementiel autour de nos films (partenariats,…).

Jérémy : Dans une société de petite taille comme Cinéma Public Films, les tâches sont multiples mais ma mission principale est programmateur ! Oh le vilain mot ! Pour être plus précis je dois faire en sorte que les films que nous proposons soient le plus visible pour nos jeunes spectateurs et donc que nos films passent dans beaucoup de cinémas dans toute la France. Bon et je passe beaucoup de temps aussi à boire du Perrier citron et des cafés !

Valentin : Alors, j’ai une mission assez variée, qui va de la gestion de notre tirelire et toutes ces choses avec plein de chiffres et de tableaux, jusqu’aux interventions en salles pour présenter nos films aux p’tits bouts quand c’est possible. Jérémy a d’ailleurs oublié de préciser que c’est lui le chauffeur de nos tournées (c’était son idée, le camion magique) ! Et aujourd’hui on a quelques dizaines de milliers de kilomètres à notre actif ! Bref, j’essaie d’emmener l’équipe dans la bonne direction, avec courage et bonne humeur !



Quand vous repérez un film que vous souhaiteriez distribuer, est-ce difficile d’obtenir les droits ? Vous êtes-vous déjà fait « devancer » par un autre distributeur ?

Emilie : La France est un pays qui soutient véritablement le cinéma d’art et d’essai jeune public, grâce à un réseau super dynamique de salles indépendantes : on nous envie dans le monde entier ! De ce fait, il n’est jamais trop difficile de négocier les droits sur les films… Les producteurs sont généralement ravis de voir leurs œuvres distribuées en France, et ça, c’est vraiment super !
Je ne dirais pas que l’on se soit déjà fait devancé par d’autres distributeurs, mais plutôt que nous n’avons pas les mêmes moyens ! Par exemple, j’aurais adoré bien entendu distribuer Ernest et Célestine, mais bon… Il faut être réaliste face à StudioCanal !

Vous sortez aujourd'hui Le Petit monde de Léo. Comment faites-vous pour dénicher  ce genre de petite merveille ? Vous avez des agents spéciaux cachés à travers le monde ou vous faites tous les festivals  jeune public  comme Ciné Junior ?

Emilie : Oui !! J’ai le très très très grand plaisir d’être conseillée et orientée par certaines personnes dans le secteur cinématographique ! Comme par exemple Camille Maréchal du Festival Ciné Junior 94, ou bien encore Yves Bouveret du Festival Image par Image (Val d’Oise) : de vraies encyclopédies vivantes sur le cinéma jeune public ! Je ne les remercierai jamais assez, eux et leurs équipes, d’aussi bien m’aider ! Et puis pour le reste, c’est sac à dos et déplacements en festivals : Clermont-Ferrand (court-métrage), Amsterdam (jeune public), Annecy (animation), Cannes (marché international),… Des kilomètres et des kilomètres parcourus pour rencontrer des producteurs et découvrir des films inédits !



Combien de copies éditez-vous pour chaque sortie et quel est le plus gros succès de votre catalogue ? Et votre film coup de cœur à vous ?

Jérémy : Nos films sortent sur une combinaison entre 50 et 90 copies mais cela dépend du film et du moment de la sortie nationale dans l’année. Nos trois grands succès sont Capelito (300 000 entrées sur 3 opus), Le Jardinier qui voulait être roi, 190 000 entrées et Le Bal des lucioles et autres courts, 185 000 entrées. Et mon film coup de cœur est Le Bal des lucioles et autres courts. C’est le premier film sur lequel j’ai travaillé en arrivant chez CPF en 2008 et c’est également une œuvre qui regorge de tendresse, de poésie, d’humour et tout ça en marionnettes !

Emilie : Mon film coup de cœur c’est mon premier programme de courts-métrages que j’ai composé : Logorama and Co... sortie en 2011… C’est avec lui que tout a commencé ! Souvenirs souvenirs…

Valentin : Je reste très attaché au Bal des lucioles, un film qui nous a littéralement sauvé, et qui nous a aussi donné l’occasion d’aller à fond dans la direction que nous voulions suivre depuis 2008. C’est un peu le point de départ de CPF entre les murs de Cinéma Public Films ;-)


Madame Pelloche, qui laisse parfois traîner ses oreilles, a entendu dire que vous seriez le distributeur jeune public « chouchou » auprès de certains exploitants indépendants… Que répondez-vous face à ces accusations ?

Valentin : Oups ! Je sais seulement que tout notre projet est tourné vers eux, vers les salles de cinéma (et surtout celles et ceux qui les font vivre). Après avoir vu ce qu’on a vu, entendu ce qu’on a entendu, et vécu ce qu’on a vécu dans tous ces cinémas depuis tout ce temps… impossible de revenir en arrière ou de s’en détourner, c’est aujourd’hui une évidence à nos yeux : nous voulons être le partenaire du cinéma, son complice, son allié, son ami. C’est intégré dans notre démarche dès l’ébauche d’un projet de programme, et ce qui est génial c’est de voir que (tout doucement) les producteurs avec lesquels nous travaillons nous rejoignent dans notre façon un peu particulière de voir les choses.



Vous voulez ajouter quelque chose ? LA question que vous auriez adoré que je vous pose ?

Emilie : Combien de Capelito ont été réalisés par les enfants depuis la sortie en 2010 de Capelito, le champignon magique (premier volet de la trilogie) grâce à notre dispositif pâte à modeler ! Ou encore combien de kilomètres parcourus depuis toutes ces tournées ? Il faut demander les réponses à Jérémy, notre Monsieur Chiffres à nous…

Jérémy : Bougez pas j’appelle Monsieur Chiffres… Bonjour !! Et oui, en additionnant la somme divisée de la soustraction de la pâte à modeler moins 250 nez de Capelito sans oublier de déduire le poids de la pensée, nous devrions être à environ, sans compter ce qui est à proximité, 35 000 Capelito réalisés par les enfants aux quatre coins de la France, car tout le monde est au courant que la France est carrée !

Valentin : Si je peux me permettre une petite précision, il faut savoir que pour un mini Capelito fait en salle de cinéma, il faut préalablement découper deux petits cubes de pâtes… ça en fait, du découpage ! Et pour l’anecdote : le record de la séance « pâte à modeler » la plus folle revient à Marc Van Maele du cinéma Les Alizés à Bron, où nous avons dû réaliser 350 champignons après la séance. Rien qu’en y pensant j’ai un peu chaud…


On commande des Croque-Monsieur avec notre Perrier ? 

Emilie : Moi, je suis plutôt Croque-Madame… Voyons !

Jérémy : Ah bon Emilie, je pensais vraiment que tu étais plus Croque-Monsieur ! Mais pour moi un Croque-Madame sera parfait.

Valentin : Le Croque-Madame ! J’ai toujours rêvé d’être un grand cavalier, alors moi, un œuf à cheval ça me plaît !

Madame Pelloche vous remercie de tout son cœur pour cette interview, les films et la bonne humeur ! 
Maintenant les mioches, quand vous verrez ce logo avant le film ou sur une affiche de cinéma vous pourrez dire : "Oh mais j'les connais eux !!! "



Madame Pelloche

Bon... ok, le grand hôtel parisien c'était pas vrai... Mais vous y avez cru non ?

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